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Zins Beauchesne et associés à la une !
Avril 2008 Québec peut-il rêver à son petit marché Jean-Talon ?L'automobile, reine dans la ville de Québec, a le pouvoir de faire et de défaire les marchés publics comme tous les autres types de commerces. Tout le monde est d'accord pour dire que le choix du Vieux-Port pour établir le principal marché public de Québec en est un de demi-mesure. Trop loin de l'action, mal desservi par le transport en commun, dans un quartier peu habité. Or, « la proximité encourage la fidélité », souligne Gérard Beaudet, de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, qui plaide pour un marché qui soit « un lieu de passage et non pas une destination ». Le Marché du Vieux-Port attire pourtant plus que jamais, même s'il y a encore des périodes creuses, surtout l'hiver. Les producteurs manquent d'espace pendant l'été, alors que les touristes sont légion. Les clients cherchent du stationnement aux heures de grande affluence, ce qui en frustre plus d'un. « Comme bien d'autres sites d'affaires, ce n'est pas l'idéal, mais ça fonctionne », résume André Filteau, directeur général de l'organisation. Celui-ci refuse de rêver à d'autres terrains. Mais il s'en trouve pour le faire à sa place et c'est le grand stationnement situé entre l'édifice de la Fabrique et la rue Saint-Vallier, en plein coeur du quartier Saint-Roch, qui attire tous les regards. « Les lieux se prêtent parfaitement à l'aménagement d'un marché. Avec la pente naturelle du terrain, ce serait facile de construire un stationnement souterrain. Et puis il y a la rue Saint-Vallier juste à côté, qui pourrait accueillir des petits commerces complémentaires à l'année », motive l'architecte Pierre Thibault. L'an dernier, un de ses étudiants à l'École d'architecture de l'Université Laval, Étienne Dussault-Lepage, a évoqué la transformation sur papier. Au bâtiment principal, qui laisse passer beaucoup de lumière, il a ajouté une gare pour les transferts d'autobus ou de tramways ainsi qu'un parc. Le résultat est très intéressant. Mais cet endroit convoité est tout sauf public. Il est propriété de Kevlar, qui fait beaucoup d'argent en y garant des voitures sans même y investir un sou. Déjà évalué à 7 millions $, le terrain fait partie des lieux examinés par Travaux Canada, qui veut reloger ses fonctionnaires. Réjean Lemoine, chroniqueur urbain à Radio-Canada et ancien conseiller municipal, serait le premier à profiter d'un grand marché public, mais il se demande si c'est réaliste pour une ville comme Québec. « On a le fantasme européen, mais il faut avoir les moyens de nos ambitions », dit-il. Dans une ville où 85 % des déplacements se font en automobile, il voit mal où installer un marché doté d'un énorme stationnement, facilement accessible et qui ne cause pas de bouchons de circulation... Et puis il y a les coûts. « C'est la Ville qui paierait. Les maraîchers n'ont pas les moyens de déménager. C'est pour ça qu'ils restent au Vieux-Port d'ailleurs. » M. Lemoine croit davantage aux concepts d'antennes de marché (installations permanentes) et d'initiatives ponctuelles (marchés d'un jour) sur lesquels planche le CLD de Québec. Dans une étude effectuée en 2005 par les consultants Zins Beauchesne et associés, 12 endroits ont été analysés et huit jugés intéressants. « Il y a de la place pour d'autres marchés à Québec », conclut Michelle Morin, agente de développement local attitrée à l'agroalimentaire. Celle-ci précise que l'idée d'un nouveau marché permanent dans un secteur mal desservi par les marchés de Québec et de Sainte-Foy plaît davantage aux producteurs agricoles et donc au CLD. « On peut penser que ce serait plus vers le nord », dit-elle sans ouvrir son jeu. À cette latitude, l'étude de Zins Beauchesne ciblait les bureaux d'arrondissement de Charlesbourg, de la Haute-Saint-Charles et Laurentien. Les étals pourraient être jumelés avec une épicerie ou des halles pour maximiser l'achalandage. Selon Mme Morin, il faudra au moins deux ans pour trouver un chargé de projet, effectuer une étude de faisabilité, rassembler le financement et exécuter les travaux. Quant aux marchés de quartier, qui seraient organisés une fois par semaine ou une fois par deux semaines, il semble qu'ils aient bien peu d'avenir. Non pas parce que les résidants les boudent, au contraire, mais parce que les maraîchers vivent mal l'itinérance. Hélène Boutin, présidente de l'Association des gens d'affaires de Saint-Sacrement, a tenu à bout de bras un marché dominical dans le stationnement de l'église du même nom pendant trois étés. Mais faute de producteurs établis qui veulent s'y présenter, elle ne peut répéter l'expérience cet été. « Il faudrait en trouver de nouveaux, mais ce n'est pas mon travail », dit la dame, fort bien intentionnée. UN EMPLACEMENT IMPARFAIT Québec a toujours rêvé d'un marché public à l'européenne, inspirée par les succès du marché By à Ottawa et des marchés Jean-Talon et Atwater à Montréal. Après des années de tâtonnements, la capitale a choisi d'installer le sien dans le Vieux-Port en 1987. Mais l'emplacement est imparfait. Le terrain, peut-être contaminé, appartient au fédéral, qui n'a aucunement l'intention de le céder. La municipalité est propriétaire du bâtiment, dans lequel elle veut investir le moins possible. C'est la Coopérative des horticulteurs de Québec qui gère les lieux et en fait la promotion, non sans sortir quelques sous de sa poche pour les rendre plus attrayants. La situation géographique continue toutefois de faire problème. Il y a de moins en moins de résidants dans le secteur pour assurer une clientèle régulière. L'endroit est difficile d'accès pour les piétons et le stationnement n'est pas suffisant pour répondre à la demande aux heures de pointe. Les installations ne paient pas de mine, bien qu'elles trônent en bordure du bassin Louise, lieu de prédilection des touristes. Régulièrement, des voix s'élèvent pour réclamer des investissements, voire un déménagement dans un lieu plus central. Encore récemment, André Filteau, directeur général du Marché du Vieux-Port, s'interrogeait sur la pertinence d'investir du temps et de l'argent dans un endroit aussi mal-aimé se disait prêt à regarder ail leurs. Depuis, il a adouci le ton et préfère « avancer que suranalyser ». Le Soleil a tout de même regardé de plus près les emplacements qui pourraient accueillir le grand marché public de Québec, dans un esprit de développement régional et de service à population, qui est de plus en plus intéressée à s'approvisionner en produits frais et locaux. Le Marché public de Sainte-Foy répondant bien aux besoins de population de l'ouest de la ville, selon tous les intervenants consultés, nous nous sommes concentrés sur les secteurs du centre-ville de l'est. Auteur : Annie Morin Source : Le Soleil, 11 avril 2008, p. 6 |

