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Février 2008

Profiter des terres agricoles

La Ville ne parle pas souvent d'agriculture, trop occupée à des enjeux plus urgents : circulation, taxes, économie, 400e et autres actualités. Trop occupée à ramasser la neige et à se demander où la mettre. La Ville regarde souvent l'agriculture de loin, en se pinçant le nez lorsque le vent souffle du mauvais bord, pressée de retourner à ses affaires, comme si la chose ne la concernait pas. Ce serait pourtant un mauvais calcul. Près du quart de l'agglomération de Québec est zoné agricole; près des trois quarts du côté de Lévis.

Mais attention aux apparences. La moitié des terres zonées agricoles de la Communauté métropolitaine de Québec est boisée et peu exploitée.  Près de 4 000 hectares agricoles sont aussi en friche : l'équivalent de 40 fois les plaines d'Abraham.

Des terres servent à d'autres usages que l'agriculture, sont occupées par des routes, des lignes d'électricité.

Les baby-boomers, qui se sont rués sur les chalets, achètent aussi les vieilles résidences champêtres et y ont développé une « agriculture de loisir » : un cheval, un mouton, deux VTT, trois motoneiges. Parfois, il n'y a ni cheval, ni mouton.

Des spéculateurs ont acheté des terres aux limites de l'urbanisation et espèrent un dézonage pour passer à la caisse.  Si bien qu'à peine 33 % des terres zonées dans la grande région de Québec sont utilisées à des fins agricoles. Le potentiel de production agricole est important, mais sous-exploité.

Cela n'empêchera personne de dormir, peut-être. Surtout pas ces jours-ci, alors que les terres croulent sous mille mètres de neige. Mais il y a là un beau sujet de réflexion qu'aborde d'ailleurs le rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture au Québec.

L'équation est simple : il y a, dans la région, 700 000 personnes qui mangent et elles sont de plus en plus nombreuses à se préoccuper de leur santé et de l'environnement.

Voilà qui devrait logiquement les amener à rechercher des produits locaux frais. Des produits dont les procédés de culture ou d'élevage sont connus et contrôlés. Des produits qui n'ont pas traversé la moitié du continent dans des camions réfrigérés.

Cette logique voudrait que les citoyens s'approvisionnent de plus en plus chez des producteurs locaux et limitent ainsi les food miles. Il reste à s'assurer que l'intendance va suivre.

Une étude réalisée en 2002 par la firme Zins Beauchesne a décrit la difficulté des producteurs de la région de Québec à percer les réseaux de distribution, à entrer dans les supermarchés, à développer de nouveaux produits et à les mettre en marché.

On peut y ajouter les problèmes de relève, d'épuisement et de détresse chez les producteurs, de cohabitation parfois difficile avec le voisinage; l'obligation d'investir des fortunes pour grossir et devenir plus performant. Sans parler des contraintes du climat. Vous saviez que notre climat impose parfois des contraintes ?

Aux problèmes de la production agricole s'ajoute celui de l'attitude des pouvoirs publics. Les municipalités disent par exemple vouloir protéger leurs terres agricoles, mais au fil des ans, elles n'ont cessé d'appuyer ou d'initier des demandes d'exclusion. La pression du dézonage a diminué ces dernières années, mais le message est « ambigu », constatait la Communauté métropolitaine de Québec dans un rapport publié en 2006.

Le rapport Pronovost oblige à réfléchir sur l'agriculture. Pour Québec et ses voisines, c'est aussi une occasion de revoir l'usage que l'on fait du sol et des terres agricoles; peut-être de réfléchir davantage sur l'art d'y vivre.

Cela implique qu'on cesse de penser qu'on s'est occupé de l'agriculture parce qu'on entretient un ou deux marchés publics pendant la saison des fleurs et des récoltes.

Auteur : François Bourque

Source : Soleil, 14 février 2008, p. 10