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Zins Beauchesne et associés à la une !
Août 2008 Après les Jeux, l'heure des comptesQuels ont été les vices de fond de la croissance économique spectaculaire, mais débridée, de la Chine depuis l'avènement de la vague actuelle de mondialisation ? En trois mots : le mercantilisme, l'aggravation des inégalités intérieures et le massacre de l'environnement. Nul besoin d'une boule de cristal pour voir qu'une fois passée l'euphorie de la grande fête olympique, l'heure des comptes est arrivée. La croissance de la Chine est avant tout liée à l'exportation et à l'investissement requis pour la supporter. N'eût été l'ouverture du monde occidental aux produits chinois, la croissance chinoise n'aurait donc pas eu lieu. Le credo inconditionnel dans le dogme du libre-échange et dans l'hypothèse utopique que la libéralisation économique mènerait la Chine à la démocratisation politique a conduit l'Occident à ouvrir toutes grandes ses portes aux produits chinois. Il a été payé en retour par l'une des politiques les plus mercantilistes qui soient. Outre que le marché chinois reste de facto encore très largement fermé aux produits et services occidentaux, la Chine a systématiquement utilisé la manipulation du taux de change de sa monnaie pour soutenir ses exportations et elle continue de le faire. Son modus operandi inclut aussi l'espionnage industriel à grande échelle, le piratage informatique et le non-respect de la propriété intellectuelle. Pour l'Occident, le réveil est brutal : la Chine n'est pas un partenaire, c'est un concurrent féroce. On a laissé entrer le loup dans la bergerie! Et, soit dit en passant, aucune démocratisation n'a eu lieu; le régime reste tout aussi totalitaire et répressif qu'avant. Face à cette situation, un changement d'attitude s'impose. Ce qui était acceptable en 2001, lorsque la Chine est entrée dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ne l'est plus aujourd'hui. Pour le monde occidental, États-Unis en tête, il ne s'agit pas de protectionnisme, quoi que veuillent nous faire croire les tenants inconditionnels de cette abstraction théorique qu'ils appellent « libre-échange », mais d'un rééquilibrage dans le sens de l'équité. D'autre part, sans nier en aucune façon que l'évolution technologique condamne certains métiers à la disparition, on assiste, tant chez les républicains que les démocrates aux États-Unis, et ailleurs dans le monde, à une prise de conscience que « commerce » et « libre- échange » n'ont rien à voir avec « délocalisation » et « offshoring », et qu'en laissant les entreprises donner libre cours à leur frénésie d’« outsourcing », on les a ni plus ni moins laissées vider nos économies de leur substance industrielle, parfois de manière irréversible. Encore une fois, le réveil est dur Le ressentiment monte donc partout en Occident et la Chine va maintenant payer le prix pour avoir abusé de la situation. Le fait que ses prix soient à la hausse va aggraver les choses, comme le montre la récente décision du groupe Adidas de déménager une partie de sa production vers le Vietnam et d'autres pays asiatiques. La montée des coûts de transport, à la suite de la hausse du prix du pétrole, et la prise en compte de l'empreinte carbone du transport international, vont également concourir à réduire la compétitivité des produits chinois. Un accroissement des inégalités Croissance économique et fierté olympique aidant, un récent sondage montre que les Chinois sont dans l'ensemble très satisfaits de la direction de leur pays. Cependant, 96% indiquent leur inquiétude face à la montée des prix; 89% leur inquiétude face au fossé entre les riches et les pauvres; 78% face à la corruption officielle; 74% face à la pollution de l'air; 68% face au chômage et 66% face à la pollution de l'eau. La grande majorité du peuple chinois a très peu profité de la croissance de la Chine et elle continue d'être tenue à l'écart de la richesse créée. De fait, la croissance de la Chine a coïncidé avec un accroissement sans précédent des inégalités dans ce pays officiellement communiste. Selon l'agence Xinhua, les revenus des 20% de Chinois les plus riches sont 72 fois plus élevés que ceux des 20% de Chinois les plus pauvres. Qui plus est, le revenu moyen annuel des résidants urbains demeure plus de trois fois supérieur à celui des résidants ruraux et la tendance ne s'améliore pas. Selon le ministère chinois de la Sécurité publique, le nombre d'incidents de masses - euphémisme officiel désignant émeutes et manifestations de toutes sortes - est passé de 8700 en 1993 à 87 000 en 2005, soit un décuplement en 13 ans et une moyenne d'un « incident » toutes les six minutes. On est très loin de la « société harmonieuse » dont le Parti communiste chinois (PCC) a fait son objectif officiel. Auteur : Jean-Paul Thiéblot Source : La Presse, 9 août 2008, p. A26 |

