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Décembre 2007

« La pollution en Chine semble hors de contrôle »

Vous fréquentez la Chine depuis longtemps, vous y êtes allé à des dizaines de reprises. Selon vous, quels sont les principaux défis de la Chine sur le plan des affaires intérieures?

Depuis sa conversion à l'économie de marché, l'extraordinaire croissance de la Chine a été alimentée par l'investissement industriel et l'exportation. Le pays s'est enrichi, mais de façon très inégale. Une nouvelle classe d'entrepreneurs prospères est née et une classe moyenne urbaine s'est développée, mais les travailleurs des usines ne profitent guère de cette nouvelle richesse et la population des campagnes, encore moins. Le gouvernement doit accroître le niveau de vie des masses, et il doit réorienter la croissance vers la consommation intérieure, mais il peine à le faire.

Vous dites que la Chine est en réalité un pays fragile. Pourquoi ?

La fragilité de la Chine tient surtout au désastre écologique qui résulte de sa croissance économique effrénée. Pour la soutenir, elle ne cesse d'accroître ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Par exemple, elle bâtit presque une nouvelle centrale thermique au charbon par semaine. Malgré cela, le développement des infrastructures ne suit pas celui de l'économie. En même temps, plus du quart du pays est déjà désertique et, selon l'ONU, la désertification menace la subsistance de 400 millions de Chinois. D'ailleurs, les deux tiers des villes chinoises manquent déjà d'eau. Qu'il s'agisse des nappes phréatiques, des sols ou de l'air, la pollution semble totalement hors de contrôle et ne fait qu'empirer. La situation est insoutenable.

Pour nous, qui faisons affaire avec la Chine, quels sont les risques actuellement ?

Les termes d'échange de la Chine sont présentement perçus comme inéquitables et elle risque des mesures de rétorsion de ses principaux partenaires commerciaux si elle reste sourde à leurs demandes, à commencer par l'ajustement du taux de change du yuan. L'érection de mesures protectionnistes est désormais appuyée aussi bien par les candidats démocrates que républicains aux élections présidentielles américaines. Simultanément, de plus en plus de voix s'élèvent en Europe en faveur de barrières aux produits dont la compétitivité internationale est au prix d'émissions sans restriction de gaz à effet de serre et au détriment de l'environnement. À court ou moyen terme, la compétitivité internationale des produits faits en Chine risque donc de baisser.

Auteur : Jean-Paul Thiéblot

Source : Les Affaires, 1er décembre 2007, p. 3