Avril 2005
« Revanche des centres-villes » - Il aura fallu 25 ans pour commencer à renverser la vapeur
C'est au tour des centres-villes de prendre leur revanche. Après les façades placardées sur de nombreuses artères commerciales et l'effet « trou de beigne », le centre-ville redevient de plus en plus le « centre de la vie » des villes du Québec. Il aura cependant fallu 25 ans pour commencer à renverser la vapeur.
Des conférenciers comme Michel Zins, président de Zins Beauchesne et associés, et Gilles Marcoux, président du Regroupement des centres-villes et des artères commerciales du Québec, l'ont expliqué à La Presse Affaires, dans le cadre du 27e congrès de cet organisme qui a attiré 200 participants durant 3 jours à Trois-Rivières.
Au tour du centre commercial de se redéfinir, face à la concurrence croissante du mégacentre (power center), bien sûr, mais aussi face au centre-ville redevenu le coeur vibrant de la ville, grâce à l'implication des autorités, des promoteurs, des détaillants et des citoyens. « Tous doivent participer à la revitalisation », a souligné de son côté Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales et des Régions.
Dans certains cas, les promoteurs de centres commerciaux tentent même de récupérer cette nouvelle tendance du retour dans un centre-ville plein d'activités, a affirmé le consultant Michel Zins. « L'heure est au changement, c'est le retour du balancier ».
Les centres « style de vie » (lifestyle centers) lèvent ainsi de terre aux États-Unis et des promoteurs ont même annoncé des projets dans la région de Montréal, dont le Quartier 10-30 qui doit être mis en chantier cette année à Brossard, à l'intersection des autoroutes. Les centres style de vie regroupent des détaillants branchés autour d'une artère piétonne et d'une place centrale. Cadillac Fairview a aussi conçu la nouvelle partie du Carrefour Laval en s'inspirant d'une rue commerciale.
« Tous se sont précipités dans les centres commerciaux, autour de 1970, et même des magasins fort connus ont dû fermer, comme Paquette et le Syndicat, à Québec, selon Michel Zins. Pendant 20 ans, les centres commerciaux se sont multipliés et, depuis 10 ans au Canada (moins au Québec), les mégacentres poussent comme des champignons ».
Les centres-villes ont provoqué de l'inquiétude à partir de 1990 chez les dirigeants municipaux et gouvernementaux, qui ont retroussé leurs manches, selon le consultant.
« Les gens s'ennuient souvent dans les centres commerciaux et recherchent un milieu de vie de meilleure qualité », a affirmé Michel Zins. Ils cherchent de l'authenticité, un sentiment d'appartenance, un milieu de taille humaine où se retrouver ensemble en toute sécurité. Les efforts de restauration, d'aménagement de parcs et d'animation culturelle, pour attirer les résidents et les touristes, ont porté fruits. Les détaillants sont revenus au centre-ville et les locaux barricadés de contreplaqués ont disparu.
C'est au centre-ville qu'on retrouve souvent aujourd'hui « les détaillants d'avant-garde», plutôt que les chaînes, selon Michel Zins. Le consultant a cité le Quincy Market, dans «l'ex-combat zone » de Boston, la ville qui a aussi enfoui sa grosse « autoroute Décarie » sous un parc grâce au Big Dig, a rappelé Jérôme Vaillancourt, directeur général des consultants Vivre en ville. Portland, en Oregon, n'a pas de son côté laissé dépérir longtemps ses vieux édifices vacants, munis de tous les services et au grand potentiel. Le quartier des junkies de Soho, à New York, a été transformé en centre commercial en plein air, ou presque. On voit revivre les centres-villes, grâce aux commerces de proximité, « un peu partout en Europe et en Amérique du Nord, selon Michel Zins. Le Québec a vécu des fusions de villes, mais les gens s'attachent à leur quartier, pendant que la révolte contre Wal-Mart s'accentue surtout aux États-Unis » (Californie, Chicago, New York).
Sauf quelques exceptions, comme l'aménagement du Quartier international de Montréal, le Québec n'a pas connu d'aussi gros projets de restauration qu'aux États-Unis.
Tout de même, Trois-Rivières a déjà récolté des investissements privés de « plus de 150 millions », selon le directeur général adjoint, Daniel Thibault, et le chef urbaniste, Denis Ricard, après une mise de moins de cinq millions sur la rue Des Forges. Le taux d'inoccupation a chuté de 43% à 8%, selon Pierre Dupont, le courtier qui a largement contribué au projet de cette artère commerciale qui vient encore de gagner un prix.
À la tribune du congrès, Nathalie Normandeau a fait un bilan louangeur du programme de renouveau urbain et villageois, lancé en avril 2002 par le gouvernement précédent.
« C'est d'une très grande importance pour tous, pour les citoyens comme pour les gens d'affaires, de revitaliser les centres-villes. Les efforts ont souvent permis de changer le visage de nos quartiers et de stimuler la création d'emplois ». Nathalie Normandeau a précisé que 340 municipalités se sont partagées 90 millions pour réaliser 641 projets.
Le président du Regroupement, Gilles Marcoux, a crû que la ministre accédait ainsi à sa demande de renouveler le programme de renouveau urbain, tout comme une bonne partie des congressistes, qui l'ont applaudie.
Dans son budget, le ministre de Finances, Michel Audet, a toutefois mis fin au programme, même si « plus de 50% des municipalités n'ont pas encore revitalisé leur artère commerciale », a évalué le directeur général du Regroupement des centres-villes, Maurice Boucher.
Le programme des infrastructures comporte toutefois « une incidence urbaine et régionale », a conclu son directeur par intérim, Pierre Baril.
Auteur : Laurier Cloutier
Source : La Presse Affaires, 25 avril 2005
Des conférenciers comme Michel Zins, président de Zins Beauchesne et associés, et Gilles Marcoux, président du Regroupement des centres-villes et des artères commerciales du Québec, l'ont expliqué à La Presse Affaires, dans le cadre du 27e congrès de cet organisme qui a attiré 200 participants durant 3 jours à Trois-Rivières.
Au tour du centre commercial de se redéfinir, face à la concurrence croissante du mégacentre (power center), bien sûr, mais aussi face au centre-ville redevenu le coeur vibrant de la ville, grâce à l'implication des autorités, des promoteurs, des détaillants et des citoyens. « Tous doivent participer à la revitalisation », a souligné de son côté Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales et des Régions.
Dans certains cas, les promoteurs de centres commerciaux tentent même de récupérer cette nouvelle tendance du retour dans un centre-ville plein d'activités, a affirmé le consultant Michel Zins. « L'heure est au changement, c'est le retour du balancier ».
Les centres « style de vie » (lifestyle centers) lèvent ainsi de terre aux États-Unis et des promoteurs ont même annoncé des projets dans la région de Montréal, dont le Quartier 10-30 qui doit être mis en chantier cette année à Brossard, à l'intersection des autoroutes. Les centres style de vie regroupent des détaillants branchés autour d'une artère piétonne et d'une place centrale. Cadillac Fairview a aussi conçu la nouvelle partie du Carrefour Laval en s'inspirant d'une rue commerciale.
« Tous se sont précipités dans les centres commerciaux, autour de 1970, et même des magasins fort connus ont dû fermer, comme Paquette et le Syndicat, à Québec, selon Michel Zins. Pendant 20 ans, les centres commerciaux se sont multipliés et, depuis 10 ans au Canada (moins au Québec), les mégacentres poussent comme des champignons ».
Les centres-villes ont provoqué de l'inquiétude à partir de 1990 chez les dirigeants municipaux et gouvernementaux, qui ont retroussé leurs manches, selon le consultant.
« Les gens s'ennuient souvent dans les centres commerciaux et recherchent un milieu de vie de meilleure qualité », a affirmé Michel Zins. Ils cherchent de l'authenticité, un sentiment d'appartenance, un milieu de taille humaine où se retrouver ensemble en toute sécurité. Les efforts de restauration, d'aménagement de parcs et d'animation culturelle, pour attirer les résidents et les touristes, ont porté fruits. Les détaillants sont revenus au centre-ville et les locaux barricadés de contreplaqués ont disparu.
C'est au centre-ville qu'on retrouve souvent aujourd'hui « les détaillants d'avant-garde», plutôt que les chaînes, selon Michel Zins. Le consultant a cité le Quincy Market, dans «l'ex-combat zone » de Boston, la ville qui a aussi enfoui sa grosse « autoroute Décarie » sous un parc grâce au Big Dig, a rappelé Jérôme Vaillancourt, directeur général des consultants Vivre en ville. Portland, en Oregon, n'a pas de son côté laissé dépérir longtemps ses vieux édifices vacants, munis de tous les services et au grand potentiel. Le quartier des junkies de Soho, à New York, a été transformé en centre commercial en plein air, ou presque. On voit revivre les centres-villes, grâce aux commerces de proximité, « un peu partout en Europe et en Amérique du Nord, selon Michel Zins. Le Québec a vécu des fusions de villes, mais les gens s'attachent à leur quartier, pendant que la révolte contre Wal-Mart s'accentue surtout aux États-Unis » (Californie, Chicago, New York).
Sauf quelques exceptions, comme l'aménagement du Quartier international de Montréal, le Québec n'a pas connu d'aussi gros projets de restauration qu'aux États-Unis.
Tout de même, Trois-Rivières a déjà récolté des investissements privés de « plus de 150 millions », selon le directeur général adjoint, Daniel Thibault, et le chef urbaniste, Denis Ricard, après une mise de moins de cinq millions sur la rue Des Forges. Le taux d'inoccupation a chuté de 43% à 8%, selon Pierre Dupont, le courtier qui a largement contribué au projet de cette artère commerciale qui vient encore de gagner un prix.
À la tribune du congrès, Nathalie Normandeau a fait un bilan louangeur du programme de renouveau urbain et villageois, lancé en avril 2002 par le gouvernement précédent.
« C'est d'une très grande importance pour tous, pour les citoyens comme pour les gens d'affaires, de revitaliser les centres-villes. Les efforts ont souvent permis de changer le visage de nos quartiers et de stimuler la création d'emplois ». Nathalie Normandeau a précisé que 340 municipalités se sont partagées 90 millions pour réaliser 641 projets.
Le président du Regroupement, Gilles Marcoux, a crû que la ministre accédait ainsi à sa demande de renouveler le programme de renouveau urbain, tout comme une bonne partie des congressistes, qui l'ont applaudie.
Dans son budget, le ministre de Finances, Michel Audet, a toutefois mis fin au programme, même si « plus de 50% des municipalités n'ont pas encore revitalisé leur artère commerciale », a évalué le directeur général du Regroupement des centres-villes, Maurice Boucher.
Le programme des infrastructures comporte toutefois « une incidence urbaine et régionale », a conclu son directeur par intérim, Pierre Baril.
Auteur : Laurier Cloutier
Source : La Presse Affaires, 25 avril 2005


