Zins Beauchesne et associés à la une !
 

Août 2006

La Chine resserre à nouveau le crédit

Pour la deuxième fois cette année, le gouvernement chinois a décidé d'augmenter le loyer de l'argent dans le but de freiner une croissance économique effrénée qui a atteint 11,3 % au deuxième trimestre en rythme annualisé.

Le taux directeur pour les prêts d'un an est majoré de 27 centièmes à 6,12 % tandis que le rendement des dépôts passe lui à 2,52 %.

Comme l'inflation évolue à moins de 2 % par année, on serait tenté de juger très restrictive la politique monétaire chinoise, mais il y a mirage. « Certains outils ne peuvent fonctionner que si on laisse pleinement jouer les lois du marché, note en entrevue Jean-Paul Thiéblot, directeur chez Zins Beauchesne et associés des mandats portant sur la Chine et les autres pays émergents d'Asie. Le pouvoir central chinois peut-il espérer les utiliser avec succès avant que la transition du pays vers une économie de marché soit complétée? Le doute est permis. »

Cette mesure fait suite à l'annonce plus tôt cette semaine de l'élargissement à 0,3 % des fluctuations possibles en un jour du yuan, la monnaie nationale. En début d'été, Pékin avait aussi obligé les banques à augmenter leurs réserves dans le but de contenir leur engouement à prêter.

L'empire du milieu est aux prises avec de graves tensions. Son marché des capitaux est déficient, les entreprises n'ont pour seul outil de financement que les emprunts bancaires. Or, les banques ont tendance à prêter aux sociétés d'État qui ne sont pas toujours les plus efficaces. Les autorités craignent que les entreprises prennent trop vite de l'expansion et créent des surcroîts de capacités de production. La conséquence serait une augmentation brutale des prêts non performants. Depuis le début de l'année, la valeur des prêts bancaires a bondi de 30 %, soit deux fois plus que ce que souhaitaient les autorités.

La Chine est aussi aux prises avec d'immenses écarts de revenus au sein de sa population et un fossé grandissant entre la richesse des villes et la pauvreté des campagnes. Cette situation est jugée explosive à terme par maints sinologues.

Pour y remédier, la Chine doit parvenir à fonder davantage sa croissance sur la demande interne plutôt que sur les exportations. Cela suppose la création d'un filet de sécurité sociale pour freiner l'épargne et une réévaluation substantielle de sa monnaie. « Le gouvernement veut une économie de marché, poursuit M. Thiéblot, mais il reste dirigiste. »

Cela dit, tant à l'interne qu'à l'externe les pressions se font grandissantes pour une réévaluation du yuan.

Depuis que Pékin laisse légèrement flotter sa monnaie, elle s'est appréciée de 1,7 % face au dollar américain. Il faut désormais tout près de huit yuans pour acheter un billet vert. Ce taux de change est jugé insuffisant pour diminuer le déficit commercial américain qui a dépassé les 110 milliards l'an dernier, face à la Chine.

« Nous n'excluons pas une réévaluation du yuan de l'ordre de 5 % cette automne, de manière à apaiser les sauts d'humeur de certains congressistes américains », prédit Stéfane Marion, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale. Sans se plier aux pressions du marché, les autorités chinoises sont parvenues à surprendre les observateurs par plusieurs mesures, toutes inefficaces jusqu'ici.

Auteur : Rudy Le Cours

Source : La Presse Affaires, 19 août 2006, p. 5